Le « made in China » envahit les marchés d’Accra

Au Makola Market, les marchandises africaines ont disparu au profit des produits manufacturés asiatiques. Les entrepreneurs chinois voient dans le Ghana un nouveau marché et une porte d’entrée sur le continent.


Dans une pièce étroite de son magasin, Monsieur Zheng est assis sur des sièges en plastique empilés, cerné par des liasses de billets ghanéens. Face à lui, trois Ivoiriens sont serrés les uns contre les autres au milieu des cartons. Posées sur le bureau, plusieurs paires de sandales neuves. La négociation bat son plein, avec pour seul langage la calculatrice qu’ils s’échangent.

« On fait l’aller-retour une fois par semaine depuis Abidjan », explique un des Ivoiriens, casquette visée sur la tête. Plus de quatorze heures de route, qui valent la peine : dans cet office sombre, ils signent pour « la meilleure qualité ». Six clients sur dix de leur fournisseur chinois viennent comme eux de pays d’Afrique de l’Ouest et quatre travaillent au Ghana.

Le Makola Market est le cœur de la vie d’Accra, la capitale ghanéenne.

Le Makola Market, à Accra, est l’épicentre du commerce ghanéen. C’est le premier marché où les commerçants étrangers se sont installés dès les années 1920. Des rues et ruelles se succèdent sans fin, délimitant des secteurs pour chaque type de produits : extensions de cheveux, montres, bijoux, linges de bain, etc. Sur Zongo Lane, les chaussures occupent tout l’espace. Dans une forte odeur de plastique, tongs, sandales et claquettes s’entassent tout le long de la rue. Les tatanes en kente, un tissu traditionnel ghanéen, ont peu à peu laissé la place à des produits made in China ou India.

« Un puissant potentiel de développement »

Au sein du marché, le vice-président de la Chambre de commerce de Chine au Ghana, Monsieur Chen, possède son propre magasin. Écouteurs sans fils dans les oreilles, campé sur le pas de la porte, il salue familièrement ses clients ghanéens. A l’intérieur, les exemplaires des claquettes qu’il vend en gros se succèdent sur des étagères en métal. Cet homme chaleureux, patron de deux usines ghanéennes, importe semelles et lanières de Chine et les fait assembler au Ghana, où le prix de la main d’œuvre s’avère plus attractif.

Monsieur Chen emploie 300 Ghanéens dans ses magasins et ses usines au Ghana.

Comme beaucoup de Chinois, il est arrivé en Afrique au début des années 2000, au moment où la Chine nouait des relations politiques et économiques avec le continent. Le commerçant a choisi Accra après avoir vécu à Dubaï et au Liberia. Il ne regrette pas ce choix : « J’avais senti qu’il y avait un puissant potentiel de développement. »

Même intuition pour Fang, qui vend des tongs quelques devantures plus loin. Après avoir installé une usine en Chine et un premier magasin en Roumanie, il a ouvert une branche africaine il y a sept mois. « Notre choix s’est porté sur le Ghana car c’est un pays sûr, avec un environnement économique favorable », souligne-t-il. Chaque mois, il vend l’équivalent d’un à deux containers de douze mètres de long. Quelques commerçants viennent acheter en très grosses quantités. Mais l’essentiel de la clientèle est constituée de marchandes qui viennent quotidiennement s’approvisionner.

Des produits compétitifs

Yaaboatemaa trône au milieu de sandalettes sur une cuvette en plastique retournée. « C’est grâce aux Chinois que je gagne mon argent. On dépend tous d’eux », affirme-t-elle. Il y a quelques années, lorsque le cédi ghanéen a connu une dévaluation, seuls les produits asiatiques sont restés abordables. Depuis, elle se fournit tous les jours chez le même vendeur chinois.

Dans ce magasin du Makola Market à Accra, ça crie, ça s’exclame ! Des femmes viennent acheter leurs marchandises du jour.


Assise à même le trottoir au milieu de ses amies, avec qui elle rit sans cesse, Jemime vend des tatanes aux lanières de corde. Tous les jours, elle se rend dans un magasin de vente de gros, achète deux packs de chaussures à 10 cédis chacune et les revend 12. Elle gagne chaque jour environ 150 cédis, soit 25 euros, un bon salaire ghanéen. « J’achète à tout le monde, aux Indiens, aux Chinois, aux Ghanéens, énumère Jemime. Peu importe la nationalité, le prix avant tout. »

Lucie Barbazanges, avec l’aide de Wei Xu

Photos : © Lucie Barbazanges

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