Des jeunes Africains imaginent la smart city de demain

Le Ghana accueille la Pan-African Robotics Competition, qui met en concurrence des jeunes de 22 pays africains. Objectif ? Inventer la ville intelligente de demain. Une première pour le pays, qui a séduit les organisateurs par son dynamisme.


Dans le vaste hall de la Central University, à Tema, Ouambi est penché sur une maquette. C’est une réplique de ville en carton, bardée de capteurs. « Les embouteillages sont un frein au développement », affirme l’étudiant ivoirien sous le regard de ses quatre camarades. « Notre solution consiste à améliorer le fonctionnement des feux tricolores. Si une voiture attend, mais que l’autre voie est libre, le feu passera automatiquement au vert », explique-t-il. Joignant le geste à la parole, le jeune homme fait circuler des petites voitures en plastique sur les routes peintes en gris.

Ces cinq étudiants ivoiriens constituent l’une des 44 équipes participant à la Pan-African Robotics Competition, un concours de projets impliquant la robotique, qui se déroule du 3 au 6 juillet. A la clé : une bourse d’études de 20.000 dollars, soit environ 17.800 euros, et la possibilité de commercialiser son projet si des investisseurs se laissent convaincre. « Nous sommes confiants, glisse Ouambi. Nous avons bien respecté le thème général : penser la ville africaine intelligente de demain, en particulier la mobilité. »

La tension monte pour l’équipe du Ghana. – © Raphaël Cann

« Construire de vraies maisons »

Depuis sa création il y a trois ans, c’est la première fois que la Pan-African Robotics Competition est organisée hors du Sénégal. « Nous avons choisi le Ghana car le pays est en plein boom. Il se démarque par le dynamisme de son économie et la qualité de son système éducatif », détaille le docteur Sydith Nda, professeur à l’université américaine du Nebraska et fondateur de l’évènement. Preuve de ce foisonnement, Google a ouvert un centre de recherche sur l’intelligence artificielle à Accra il y a quelques mois. Le gouvernement a également annoncé la création de 16 centres dédiés à l’apprentissage des nouvelles technologies, pour un budget de 88 millions de cédis (14,5 millions d’euros).

Veste orange floquée du logo de la compétition sur le dos, Sydith Nda fait partie des six spécialistes de la robotique membres du jury. Malgré l’enthousiasme des étudiants durant leur prestation, une dizaine de minutes sur scène, ces experts ne se laissent pas convaincre facilement. Face à eux, les candidats de University of Ghana présentent leur projet : un robot capable d’assembler les fondations d’un bâtiment à partir de plans générés automatiquement.

Certaines mines des jurés sont sévères. « En quoi cela va-t-il améliorer la mobilité ? » interroge Remi Willoughby, une consultante en robotique nigériane. Une main brassant l’air, l’autre cramponnée au micro, Ago, l’un des étudiants, n’en démord pas. « Il y a 265 bidonvilles à Accra. Pour améliorer la circulation, il faut de vraies maisons pour avoir un véritable réseau routier dans ces quartiers. »

La maquette de ville de l’équipe ivoirienne – © Marie Desrumaux

Une « vitrine » pour le Ghana

Après cet interrogatoire, l’équipe ghanéenne ramène ses appareils à son stand, une grue miniature avec des chenilles et une pince dont dépassent des câbles multicolores. La sueur perlant sur le front, Ago lâche : « Les questions étaient rudes, mais nous savions ce nous faisions. Nous connaissons le problème que nous résolvons. » Qu’importe le résultat, cette compétition est une vitrine pour les étudiants.

« C’est une consécration pour le pays, estime même Joseph Quarté, professeur au Ghana Technology University College. Nos jeunes vont de plus en plus dans les filières scientifiques, Ils apprennent à maîtriser la technologie pour mieux l’implanter ici, au Ghana. » Visage juvénile, Joseph Quarté n’est lui même âgé que de 26 ans. Suffisant pour voir les évolutions : lorsqu’il était étudiant, il y a quelques années, le marché du travail était saturé. « Maintenant, c’est beaucoup plus simple », affirme-t-il.

Ses étudiants ont profité de l’événement pour faire des rencontres et récupérer quelques numéros de téléphone. La compétition est stressante mais l’avenir ne les inquiète pas. « Nous allons trouver du travail, c’est sûr », affirme l’un d’eux. Regardez tout ce qui se passe dans le secteur des nouvelles technologies. Les choses évoluent vite ! Le pays regorge d’opportunités ! »

Raphaël Cann et Marie Desrumaux

Photo de une : Le robot de l’équipe de l’University of Ghana – © Marie Desrumaux

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