« La Chine est le premier partenaire commercial du Ghana »

Avec 40% de produits chinois importés, le Ghana a fait de l’Empire du milieu son premier partenaire commercial. Mais pour la spécialiste Paola Pasquali, il est faux de dire que la Chine est « néo-colonialiste ».


© Paola Pasquali

Paola Pasquali conseille dans le privé les entreprises qui souhaitent entrer sur le marché africain. Elle a été chercheuse à la China Europe International Business School, dans le campus africain d’Accra.

Échos du Ghana : Comment les liens entre la Chine et le Ghana se sont-ils créés ?

Les relations entre les deux gouvernements remontent aux années 1960, dans le cadre d’une solidarité tiers-mondiste lors de la conférence de Bandung. Le Ghana avait obtenu son indépendance en 1957 et la République populaire de Chine s’était instituée en 1949. C’était donc surtout une alliance politique. Le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah, a eu un rôle de lobbying important sur les autres pays africains pour aider la République populaire de Chine à récupérer son siège aux Nations unies.

Aujourd’hui, quel est le statut de cette relation ?

Avec la transition de la Chine vers une économie de marché, le discours politique a laissé place à un pragmatisme économique. Alors que dans les années 2000, le volume de commerce bilatéral atteignait 4 millions de dollars, il est passé en 2017 à 6 milliards de dollars.

Près de la moitié des importations ghanéennes viennent de Chine (40%). C’est le plus grand partenaire commercial du Ghana. Ces importations, en termes de valeur, sont d’abord des machines industrielles, puis des produits électroniques et des biens de consommation. En revanche, pour la Chine, les exportations vers le Ghana ne représentent que 0,2% de ses exportations dans le monde.

A l’inverse, 13% des exportations du Ghana vont vers la Chine. Il s’agit essentiellement de matières premières (minéraux, cacao, hydrocarbures, bois). D’un point de vue commercial, le Ghana n’est  pas un partenaire très important pour la Chine. Il ne représente que 0,1% de ses importations. 

En revanche le continent africain intéresse la Chine dans le cadre de sa politique internationale. Investit-elle massivement au Ghana ?

Il est important de distinguer investissement direct étranger (FDI) et prestation de services. Lorsque l’on parle d’investissements, cela veut dire que l’on devient ensuite propriétaire de l’ouvrage d’infrastructure ou que l’on détient des droits sur elle.

La plupart des projets réalisés par des entreprises chinoises au Ghana ne relèvent pas d’investissements chinois, mais ghanéens. Les entreprises chinoises travaillent en tant que prestataires de service, dans la construction d’infrastructures comme des barrages, routes, voies ferrées… Elles sont financées par des prêts qui viennent de banques chinoises, comme l’EXIM banque ou le CAD Fund.

Souvent, ces prêts sont garantis à travers des « accords de troc », par lesquels les ressources naturelles, comme la bauxite ou le cacao, deviennent monnaie ou garantie de paiement de ces ouvrages d’infrastructures.

Si ce sont des entreprises chinoises qui réalisent ces prestations de service, c’est parce qu’elles sont plus compétitives. Il est souvent difficile pour les pays africains, au Ghana comme ailleurs, d’obtenir des prêts. Or avec la Chine, les financements sont souvent plus simples et plus rapides.

Peut-on dire que la Chine « s’offre » l’Afrique ou qu’elle est néocolonialiste, comme on le lit parfois ?

Non, c’est un biais très véhiculé par la presse. Mais quand on regarde les investissements directs d’Etat, l’Empire du milieu investit beaucoup plus en Europe. En 2017 par exemple, 53% des investissements directs étrangers de la Chine allaient vers l’Europe, contre 1% vers l’Afrique.

Propos recueillis par Lucie Barbazanges

Photo de une :  © Oxford Business Group / Ghana Talks business

Share

Laisser un commentaire