Le Ghana, nouvel eldorado des entreprises françaises ?

Opération séduction pour le président ghanéen. Nana Akufo-Addo doit convaincre un parterre de chefs d’entreprise français d’investir au Ghana lors d’une rencontre à Paris, le 9 juillet 2019. Plus de 70 sociétés tricolores sont déjà installées dans ce pays anglophone et les projets d’implantation se multiplient. 


Le président ghanéen s’adressera à une centaine de dirigeants d’entreprises françaises à Paris le mardi 9 juillet. Nana Akufo-Addo a répondu pour la première fois à l’invitation de l’agence Business France. Le chef de cet État africain en plein développement présentera les atouts de son pays et espère séduire les investisseurs français.

Il a déjà des arguments pour convaincre. Avec une croissance économique estimée par le FMI à 8,5% du PIB prévue pour 2019, le Ghana est en passe de devenir le pays le plus dynamique du monde. Pour les chefs d’entreprise, l’anglais ne constitue pas un frein : selon l’ambassade de France à Accra, à la fin de l’année 2018, il était le troisième pays africain anglophone recevant le plus d’investissements français. Plus de 70 sociétés tricolores sont implantées dans le pays, avec une soixantaine de filiales, telles que le groupe de construction Eiffage, la banque Société Générale ou encore le constructeur automobile Renault.

Soutien du gouvernement à des secteurs « prioritaires »

« Depuis 2017, les investissements ou les projets d’implantation d’entreprises françaises augmentent », constate Delphine Adenot-Owusu, la directrice de la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Ghana, sans pouvoir chiffrer ce phénomène. L’une des raisons : la multiplication des projets soutenus par le gouvernement. De l’agroalimentaire à la santé en passant par les chantiers publics, Nana Akufo-Addo a fait de plusieurs secteurs « une priorité ». Un dynamisme que Delphine Adenot-Owusu tempère rapidement : « Les conditions d’implantation ne sont pas favorables aux PME. »

Pour s’installer au Ghana, il faut au minimum 500.000 dollars de capital, soit un peu plus de 430.000 euros. Un ticket d’entrée assez élevé, comparé à la Côte d’Ivoire, où le minimum requis n’excède pas 1.500 euros. Des exceptions existent néanmoins. Certains secteurs, comme l’économie circulaire et l’agroalimentaire, peuvent contourner ce prérequis.

Des entreprises s’associent avec des sociétés ghanéennes, comme Cycle Farm. La start-up, créée dans le Maine-et-Loire en 2015, produit de la nourriture pour poissons à base d’insectes et compte une vingtaine de salariés. L’année dernière, elle a choisi le Ghana pour implanter sa première usine, en partenariat avec Wisdom Abodakpi, un homme d’affaires local. Cycle Farm souligne que dans ce pays, « la demande en nourriture pour l’aquaculture est supérieure à la plupart des pays européens ».

Le cas Décathlon : créer son propre marché

Travailler avec des Ghanéens permet aussi de mieux appréhender ce marché, culturellement et économiquement différent. L’équipementier sportif Décathlon a dû par exemple créer un nouveau modèle à son arrivée à Accra en 2017. Actuellement directeur du magasin et ancien responsable régional de la marque aux Pays-Bas, le Franco-ghanéen Kwasi Tabury a piloté cette implantation. Plutôt que de s’installer près des expatriés, dans les quartiers riches de la ville, cet ancien footballeur du FC Nantes a choisi le centre commercial Junction Mall, dans la banlieue est de la ville.

« Ici, tout le monde ne fait pas partie de la classe moyenne. Il n’y a pas de salle de gym et acheter du matériel de sport ne va pas de soi », explique-t-il. La solution de Décathlon : faire de l’enseigne « un laboratoire de sport » et multiplier les événements sportifs. Par exemple, plusieurs centaines de Ghanéens assistent à des séances de danse sur le parking du bâtiment. « Les clients peuvent venir aux magasins et s’entraîner librement avec nos produits et nos coachs », ajoute Kwasi Tabury. Sur 600.000 visiteurs annuels, ce chef d’entreprise espère en fidéliser 100.000.

Un succès que d’autres entreprises françaises souhaitent imiter. Kwasi Tabury constate « un intérêt grandissant » pour le pays. « Tout le monde sait que l’Afrique fera la différence dans les décennies à venir », affirme le directeur du magasin Décathlon à Accra. Avant de conclure : « On a un hub aérien et portuaire, une classe moyenne qui émerge et la stabilité. Le Ghana est la meilleure porte d’entrée sur le continent. »

Raphaël Cann

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