Retour de la diaspora ghanéenne : « Il faudrait plus de moyens »

L’association des « Jeunes Ghanéens de France », récemment renommée « Ghana Diaspora Network » , vise à renforcer les liens entre les membres de la diaspora ghanéenne en France. Elle accompagne également, depuis quelques années, ceux qui souhaitent s’installer -ou se réinstaller- au Ghana. Les Echos du Ghana ont rencontré son président, Isaac Jaffery.


Isaac Jaffery, président de la « Ghana Diaspora Network » – © Isaac Jaffery
Echos du Ghana : A la fin 2018, le président Nana Akufo-Addo a lancé un « appel aux fils de la diaspora » pour qu’ils viennent s’installer au Ghana. Quelle est la raison de cet appel ?

Isaac Jaffery : L’idée pour le Ghana, c’est de profiter de l’expérience de ces personnes à des fins économiques. Le gouvernement se dit qu’elles vont revenir pour entreprendre, en misant certainement plus que les investisseurs locaux et en prenant davantage de risques.

Au Ghana, tu es davantage valorisé quand tu as fait tes études en Europe car on estime que tu as vu autre chose et donc que tu as une valeur ajoutée. Tu as plus de propositions que quelqu’un qui a fait ses études sur place. 

Aujourd’hui, de nombreuses personnes issues de la diaspora sont à la tête d’entreprises ghanéennes. En créant des sociétés, les investisseurs génèrent également des emplois, ce qui participe à la croissance du pays.

L’appel du gouvernement a été largement médiatisé, mais s’accompagne-t-il de mesures tangibles ?

L’initiative est louable, mais il s’agit surtout d’un coup de com’. Le gouvernement n’a rien prévu pour accompagner concrètement les membres de la diaspora qui reviennent au Ghana. Il faudrait leur allouer plus de moyens.

Votre association aide les personnes issues de la diaspora, et vivant en France, à revenir au Ghana. Comment les accompagnez-vous ?

D’une part, nous les informons sur la situation du pays et déconstruisons d’ailleurs souvent certains clichés sur l’insécurité ou la pauvreté de masse. D’autre part, nous avons noué un partenariat avec « Adwen Internship », une entreprise franco-ghanéenne basée à Accra. Elle accompagne les gens qui vont s’y installer. Il s’agit le plus souvent de trouver un stage, un emploi ou un logement. L’objectif est que la personne puisse arriver avec sa valise et que tout soit déjà prêt. Le partenariat permet à l’entreprise de se développer, et aux membres de notre association de bénéficier de prix intéressants.

« L’année du retour » vise avant tout les descendants d’esclaves ghanéens qui habitent aux États-Unis. Y-a-t-il une raison à cela ?

L’arrivée de la diaspora ghanéenne est plus récente en France qu’aux États-Unis, du fait de l’histoire, de l’esclavage. Les Franco-Ghanéens savent très souvent, par leurs parents ou grands-parents, de quelle région ils viennent. Il n’y a donc pas cette envie de retour aux racines qui existe chez les Ghanéens d’Amérique.

Y a-t-il des échecs dans le retour de certains fils et filles de la diaspora ghanéenne ?

Oui, cela peut arriver, notamment si ces personnes ne se sont pas suffisamment préparées en amont. Il y a un an, l’une de mes connaissances est partie en stage pendant six mois à Accra. Elle avait envie de s’y installer sur le long terme, mais elle n’a pas correctement anticipé les démarches administratives et logistiques, et elle n’avait pas économisé assez pour se lancer. Aujourd’hui, cette personne est revenue en France et prévoit de retenter sa chance plus tard.

Un nombre de retours encore méconnu
La diaspora ghanéenne est arrivée en France à partir des années 1980, après le coup d’Etat de Jerry Rawlings. En 2010, cette diaspora comptait environ 10.000 personnes. D’après Isaac Jaffery, il est « impossible » de savoir combien de ces Ghanéens sont revenus dans leur pays, car « il n’existe aucune base de données disponible ».
Propos recueillis par Valentin Deleforterie

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